mercredi 21 décembre 2016

Meg Corbyn, tome 1 : Lettres Ecarlates

Auteur : Anne BISHOP
Editeur : Milady
Parution : 24 Octobre 2014
Nombre de pages : 644












Meg Corbyn est une cassandra sangue, une prophétesse du sang, capable de prédire l’avenir lorsqu’elle s’incise la peau. Une malédiction qui lui a valu d’être traitée comme de la viande par des hommes sans scrupules prêts à la taillader pour s’enrichir. Mais aussi un don qui lui a permis de s’échapper et va la pousser à chercher refuge chez les Autres. Là où les lois humaines ne s’appliquent pas. Même si elle sait, grâce à cette vision, que Simon Wolfgard causera également sa perte. Car si le chef des loups est d’abord intrigué par cette humaine intrépide, peu de choses la séparent d’une simple proie à ses yeux…










Ce que j'en ai pensé




Comment dire ? Comment exprimer tout le bien que je pense de ce livre sans que les mots paraissent fades ? Ce roman n'a pas été un coup de cœur, pour moi, non... Il a été un ÉNORME coup de cœur ! LE coup de cœur de l'année 2016, même ! 

Et dire qu'au départ, je l'avais surtout acheté pour sa couverture (magnifique, merci les éditions Milady !) et parce que j'avais vaguement compris qu'il s'agissait de bit-lit. Mais comme ce terme est réducteur, face à la richesse de l'univers créé par l'auteure !

Imaginez un monde très semblable au nôtre, appelé Namid, et qui a une certaine forme de conscience, de volonté. Et imaginez que sur ce monde, les êtres humains ne soient pas en haut de la chaîne alimentaire, qu'ils ne soient pas les ultimes prédateurs. Car au-dessus d'eux, il y a les autres enfants de Namid, les premiers qu'elle ait créés, appelés les Autres ou terra indigene. Des créatures merveilleuses et terribles : les Métamorphes, les Vampires, et les Élémentaires. Moi, rien que ça, je trouve ça génial, comme concept !

Les métamorphes sont des êtres pouvant adopter à volonté soit leur forme humaine soit leur forme animale, mais qui, même sous leur apparence humaine, gardent toujours leurs facultés animales et les caractéristiques principales propres à leur espèce, tout en ayant l'intelligence d'un humain. Ils sont beaucoup plus que des loups-garous ou d'autres animaux-garous, car ils sont nés comme ça, c'est leur forme de vie normale, naturelle, et ils forment des groupes organisés et hiérarchisés. Dans ce premier tome, on fait connaissance avec les Loups, les Corbeaux, les Faucons, les Hiboux, les Grizzlys et les Coyotes (enfin... un Grizzly et un Coyote, mais on suppose qu'il doit y en avoir d'autres, quelque part sur ce monde). Et peut-être qu'on n'a pas encore vu toutes les espèces de métamorphes existantes, et qu'on en découvrira d'autres dans les prochains tomes. 

Comme les métamorphes, les Vampires sont des créatures de Namid. Il n'y a pas d'histoire de malédiction ou d'âme damnée, ici, aucune référence à la religion et pas de notion de Bien et de Mal. Ils existent car Namid les a créés, et c'est tout. Il n'est pas précisé comment ils se "reproduisent" mais ils ont des facultés différentes des vampires "classiques", que ce soit dans leur façon de se nourrir ou au niveau des formes qu'ils peuvent prendre.

Quant aux Élémentaires, je vous laisse imaginer ce qu'elles peuvent être, mais sachez que ce sont les plus extraordinaires et les plus puissantes (oui, ce sont des êtres féminins) de toutes les créatures de ce monde.

Mais pas les plus dangereuses. Il y a encore une autre sorte de créatures, redoutée par tous, y compris par les terra indigene, et dont personne n'a jamais vu la vraie forme (enfin, si, mais ceux-là n'ont pas pu revenir pour en parler).

Au commencement de toute vie, Namid isola les humains de ses autres créatures, pour leur donner une chance de survivre. Ceux-ci prospérèrent donc, se multiplièrent et voulurent logiquement étendre leur domaine. Et c'est là qu'ils découvrirent l'existence des Autres, qui ne les voyaient pas comme des envahisseurs, mais comme de la nourriture. 

Après de longs siècles de guerre, les deux parties arrivèrent à des accords et s'ils les respectaient, les humains pouvaient espérer vivre en paix (et vivre tout court). 

Les humains étaient malins et inventaient des choses, mais les Autres avaient le contrôle de toutes les richesses naturelles, donc ils furent peu à peu obligés de collaborer, en quelque sorte.

Mais pas au point de vivre ensemble. Les terra indigene vivent en grande majorité en-dehors des villes, dans les zones sauvages et les campagnes, et ceux qui vivent dans les villes se regroupent dans des Enclos, sorte de ville dans la ville, où ils ont leurs propres commerces et leur propre administration et où, surtout, les lois humaines ne s'appliquent pas. Tout humain qui entre dans un Enclos sans autorisation court le risque d'être mangé, sans préavis, et sans que les autorités humaines aient le droit d'y trouver à redire.

Néanmoins, les terra indigene des Enclos font des efforts pour s'habituer  aux humains, et c'est dans ce but qu'ils ouvrent certains de leurs commerces à la clientèle humaine, ces boutiques ayant une ouverture donnant sur la rue de la ville, et une autre donnant dans l'Enclos. C'est le cas de la librairie de Simon Wolfgard, chef des Loups mais également de tout l'Enclos. Et c'est dans cette librairie qu'arrive un soir de tempête une jeune fille qui a l'air terrorisée, qui dit s'appeler Meg et qui, étrangement, n'a pas une odeur de proie, pour les Autres, contrairement à tous les humains. Cela intrigue aussitôt Simon, ainsi que le fait qu'elle lui mente sur son prénom, il en est convaincu. Mais comme son instinct ne le met pas en garde contre elle, qu'elle a l'air vraiment effrayée et qu'ils ont un besoin urgent d'un Agent de liaison humain pour réceptionner les livraisons venant des entreprises humaines, il lui permet de rester. 

Dès lors, elle sera sous la protection de l'Enclos, et plus rien ne pourra l'atteindre de l'extérieur (en théorie). Mais il reste à Meg à se faire accepter par les habitants de l'Enclos, et à ne pas se faire manger par inadvertance. Quant à Simon, il veut découvrir qui elle est, pourquoi elle "ne sent pas la proie", comme il dit, et surtout, qui ou que fuit-elle ?

J'ai tout aimé dans ce livre : l'univers, bien sûr, mais aussi les personnages, l'intrigue, et la plume de l'auteure - notamment son humour discret mais bien présent.

Il y a énormément de personnages, ce qui est logique quand on considère toutes les "familles" de métamorphes, plus les autres créatures fantastiques, sans oublier les humains (car il y en a quand même quelques-uns dans cette histoire). Bien sûr, tous n'ont pas un rôle important, mais il y en a suffisamment pour qu'on soit un peu perdu, parfois, entre ceux dont les rôles sont secondaires. Mais comme ils sont secondaires, justement, et donc interchangeables, en quelque sorte, ce n'est pas gênant pour la compréhension de l'histoire.

Meg est un personnage très touchant, car elle est totalement pure et innocente. Ses relations avec les autres sont simples, sans faux-semblants ni préjugés. Elle est d'une gentillesse adorable avec tout le monde, et ses actes sont pleins de petites attentions pour chacun.  Mais son apparente fragilité cache une grande force de caractère et une forme de détermination qui la pousse à toujours aller de l'avant, malgré tout ce qui la terrorise et tout ce qui la déconcerte, dans ce monde dont elle ne connaît presque rien. Et tout cela mélangé en fait un personnage vraiment attachant et intéressant. De plus, elle est pleine de bonne volonté, de bon sens et s'applique à bien faire le travail qu'on lui demande.

A ce sujet, je vais vous avouer quelque chose : j'adore quand l'auteur, dans un roman, décrit avec précision et en détails les faits et gestes d'un personnage, quand il effectue des tâches quotidiennes tout à fait banales. Par exemple, qu'il se fait à manger, puis débarrasse la table, fait la vaisselle, etc. En-dehors de l'aspect rassurant de ces gestes absolument normaux - surtout si on est dans un roman à suspense - je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi j'aime autant ces scènes-là. Pourtant, je ne suis pas une maniaque du ménage ! Tout ça pour dire que dans ce roman, il y en a plein des passages comme ça, et que j'ai adoré.

Notamment quand Meg est à son poste de travail. Son emploi consistant à réceptionner les colis et lettres pour les commerces de l'Enclos mais aussi pour ses habitants, il y a de nombreuses scènes où on la voit occupée à trier le courrier, ou à accueillir les livreurs, et certains trouveront peut-être cela répétitif. Cela n'a pas du tout été mon impression, car il se passe toujours quelque chose, et chacun de ces passages a sa raison d'être.

Pour en revenir aux personnages, après Meg, c'est Simon le personnage le plus important de ce roman. En tant que chef de l'Enclos, ses responsabilités sont énormes. Il doit veiller à la bonne marche des choses, et que tout se passe bien non seulement entre les résidents de l'Enclos, mais aussi entre ceux-ci et les humains. Son côté Loup en fait quelqu'un de très protecteur, même parfois trop, car ses réactions peuvent être un peu excessives quand il pense, à tort ou à raison, qu'on a mis les siens en danger. Les débuts de ses rapports avec Meg sont un peu houleux et chaotiques, mais ils apprennent petit à petit à s'apprivoiser, la douceur et la candeur naturelle de Meg aidant beaucoup. 
Simon n'est pas forcément super sympathique, au départ, mais les choses s'améliorent au fil des pages.

Deux autres personnages sortent du lot, pour lesquels j'ai un petit faible : Henry, le Grizzly, sculpteur sur bois et Guide spirituel de l'Enclos, et Tess, la patronne du café de l'Enclos, dont personne ne sait exactement qui elle est, mais que tout le monde évite de mettre en colère. Quand Henry est sous sa forme humaine, tout en lui rappelle qu'il est en fait un bon gros nounours (enfin, il ne vaut mieux pas trop le chatouiller quand même, et surtout pas s'en prendre à ses amis). Très grand et hirsute, il est la gentillesse et le calme incarné. Sa simple présence est rassurante, et il se pose très vite en ami et protecteur de Meg. Tess, quant à elle, a un sacré caractère, mais elle est serviable, efficace, et Meg peut également compter sur elle en cas de besoin. Ce que j'ai aimé chez elle, outre qu'elle est très sympathique, c'est son côté mystérieux, le fait que personne ne sache à quelle espèce elle appartient. Et puis, quand le lecteur a enfin un petit aperçu de ce qu'elle est (je précise bien, le lecteur, et pas les personnages du livre), la fascination et la crainte respectueuse qu'elle inspire.

Un des aspects de ce roman que j'ai le plus aimé, je le disais plus haut, est son humour discret. Et cet humour réside surtout dans la façon dont les Autres perçoivent les humains, dans leur maladresse pour s'adapter aux comportements humains, dans leur difficulté à comprendre les coutumes et les sentiments humains et quand leur côté animal ressort malgré eux, alors qu'ils sont sous leur forme humaine.

Et sur ce plan-là, les relations entre Meg et les terra indigene en général et Simon en particulier sont souvent irrésistibles. D'ailleurs, l'auteur a su éviter l'écueil de la romance "classique", apportant ainsi une crédibilité supplémentaire à son histoire ainsi que de la cohérence. En effet, même s'ils peuvent prendre une apparence humaine, les sentiments et la sexualité des métamorphes reste intimement liée à leur forme animale et ne correspond pas à ceux des humains. 

De même, il aurait été facile pour l'auteur de faire de cette histoire une métaphore sur le racisme et la ségrégation, mais elle a évité ce piège avec brio. Les humains ne peuvent pas se sentir supérieur et se montrer condescendants envers les Autres, car ils n'en ont pas le pouvoir (même si certains se sont parfois imaginés le contraire, et l'ont vite regretté), et les Autres, quant à eux, qui le pourraient facilement, n'en ont pas le désir car ce n'est pas dans leur état d'esprit. Ils n'en sont pas là. En fait, ils sont assez indifférents vis-à-vis des humains. Ils cohabitent et collaborent plus ou moins avec eux, mais c'est comme s'ils ne vivaient pas sur la même planète. Et autant les humains sont fascinés par les terra indigene, autant ceux-ci n'éprouvent aucun intérêt pour le monde des humains. Du moins jusqu'à l'arrivée de Meg, car sa présence douce et forte à la fois va faire changer bien des choses, et faire beaucoup évoluer les relations humains/Autres.

Côté rythme, on ressent bien que l'on est dans un premier tome. C'est-à-dire que l'histoire se met doucement en place. L'auteur prend bien son temps pour présenter son univers et ses personnages et raconter tranquillement les débuts de la vie de Meg dans l'Enclos. J'ai adoré cette étape-là, et j'aurais bien aimé que ça continue comme ça. Mais il fallait bien que la bulle éclate, et alors qu'on nous donne l'illusion que tout est calme et paisible, que rien ne peut arriver, on nous fait bien sentir en même temps que c'est une fausse impression de sécurité, car des éléments inquiétants sont glissés régulièrement, qui nous font comprendre que ça ne va pas être si simple que ça, que le danger rôde à l'extérieur et n'attends qu'une faiblesse des Autres pour s'engouffrer dans la brèche.
La tension monte donc progressivement, ainsi que l'action, pour finir en apothéose spectaculaire.

J'ai trouvé tout cela extrêmement bien orchestré et mené de main de maître !




Conclusion : Ce roman a été une excellente découverte pour moi, et une énorme surprise, car je ne m'attendais pas à l'aimer autant ! L'écriture est fluide et agréable, l'univers fabuleusement riche et passionnant, les personnages attachants et fascinants, l'histoire très originale et prenante. Le tout donne un formidable roman, une lecture addictive dont on ressort ébloui et enchanté avec une seule envie : se plonger très vite dans le deuxième tome !

Ma note : 20/20













10 commentaires:

  1. Haha, tu as vu l'humour toi, moi je suis totalement passé à coté sur ce tome ci, je me suis pas mal ennuyée en fait, j'attendais que l'histoire démarre et c'était assez long :P
    Bref tant mieux si tu l'as aimé ^^

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    1. Ça ne m'étonne pas que tu te sois ennuyé car c'est vrai que l'action est longue à démarrer. Mais comme je le disais, j'ai adoré la partie calme.

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  2. Ravie que tu ais apprécié! Ce roman avait été un coup de coeur pour moi également.
    Superbe chronique bien détaillée et qui m'a replongé dans l'univers de Meg. Merci :)

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    1. Tu ne trouves pas que c'est trop détaillé, justement ? J'ai eu peur de ça en l'écrivant, mais j'avais envie de dire tout ce que j'ai dit. :-)

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    2. Non pas du tout, j'aime beaucoup! C'est normal, il me semble que sur un coup de coeur tu aies beaucoup de choses à dire. Là tu donnes juste envie de le lire, et c'est le but.

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  3. Comment ne pas se laisser tenter après une chronique pareille ! En plus, je dois bien avouer que ça fait longtemps que je n'ai pas lu de bit-lit ! L'univers a l'air tellement riche et original ! Le relation entre Meg et Simon a l'air de suivre le schéma habituel mais ça ne me gêne pas tant que ça. Moi aussi j'apprécie les scènes "normales" quand il y a beaucoup de rebondissements dans un roman. Quelque part, ça nous rappelle que l'héroïne a une vie normale en dehors de sa vie trépidante XD.

    P.S : Désolé pour mon absence de ces trois dernières semaines, mais je viens tout juste de commencer un nouveau travail, donc ça fait beaucoup de changement et je dois trouver mon rythme de croisière :)

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    1. Justement, moi je trouve que pour l'instant, la "relation" entre Meg et Simon sort de l'ordinaire, car justement, il n'y a rien de "sentimental", pour l'instant. Simon est avant tout un loup et ce qu'il ressent pour Meg est plus de l'ordre du besoin de la protéger et de se sentir bien quand elle est là que de l'attirance sexuelle.
      Ne t'excuse pas pour ton absence, on a tous une vraie vie en-dehors de nos blogs, et parfois, elles nous prennent tout notre temps. ;-)

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  4. Comme tous les autres, je n'ai plus qu'une envie après ta chronique, celle de trouver sous peu de temps ce livre ^^ Il est largement plus complexe que ce à quoi je m'attendais et comme je te comprends quand tu dis que "bit-lit" est un terme bien trop restrictif.

    Merci de m'avoir fait découvrir autre chose :)

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