mercredi 24 mai 2017

L'Apothicaire

Auteur : Henri LOEVENBRUCK
Editeur : Flammarion
Parution :13 novembre  2012
Nombre de pages : 603








"Il vécut à Paris en l'an 1313 un homme qui allait du nom d'Andreas Saint-Loup, mais que d'aucuns appelaient l'Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes..." Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu'il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L'Apothicaire, poursuivi par d'obscurs ennemis, accusé d'hérésie par le roi Philippe le Bel et l'Inquisiteur de France, décide de partir jusqu'au mont Sinaï. Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L'Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Age et les tréfonds de l'âme humaine.













Ce que j'en ai pensé


Thriller ésotérique d'une érudition impressionnante, conte philosophique, roman historique et d'aventure avec une pointe de fantastique, quête initiatique, ce roman est tout cela à la fois, pour notre plus grand plaisir. Le mélange des genres est dosé de main de maître et l'on est embarqué dans cette histoire passionnante, que l'on dévore malgré le style "médiéval" des tournures de phrases. Cela peut déconcerter au début, mais on s'y habitue vite, et cela permet de s'immerger encore plus dans l'univers du livre.

Car l'auteur s'y entend, pour nous plonger dans son récit ! Les descriptions, très visuelles, sont impressionnantes ! Que ce soit pour décrire un personnage, nous faire admirer un paysage, une ville ou juste une rue ou un bâtiment, on a l'impression d'y être. Et tout cela sans aucune lourdeur ni longueurs. 

De même, on apprend énormément de choses sans s'ennuyer une seule seconde.  Pour nous offrir ce roman d'une richesse culturelle hors du commun, l'auteur a dû fournir un énorme travail de recherche et de documentation, et cela se sent. Rien n'est survolé, rien n'est approximatif. Tout est fouillé, détaillé, creusé. Les explications techniques, que ce soit sur le métier d'apothicaire, le concept philosophico-religieux de la gnose ou d'autres sujets, sont d'un niveau assez élevé mais claires, compréhensibles et passionnantes. Le vocabulaire est parfois complexe de par sa précision, justement, mais rien qui n'empêche la compréhension globale ni ne ralentisse la lecture. 

Au contraire, il a réussi à me donner envie d'en savoir plus sur les sujets évoqués, de me renseigner de façon plus approfondie et de lire d'autres ouvrages sur ces questions.

L'histoire en elle-même est captivante. On est intrigué dès le début par le mystère de la pièce oubliée, et au fur et à mesure que le récit avance, au lieu de s'éclaircir, le mystère s'épaissit de plus en plus. Le héros, Andreas, a beau suivre la trace de cette énigme comme un jeu de piste, et rencontrer de multiples interlocuteurs censés lui apporter des réponses, ces réponses le renvoient toujours plus loin, le poussent à creuser de plus en plus profondément. Et quand je parle de l'envoyer au loin, c'est autant au sens propre qu'au figuré, car toute cette aventure va le mener, lui et les deux adolescents qui l'accompagnent, de Paris à Compostelle, et jusqu'au mont Sinaï, à travers des villes somptueuses ou des paysages grandioses.

Comme l'indique le titre, Andreas, le personnage principal, est donc apothicaire, c'est-à-dire pharmacien. Mais pas n'importe lequel : non seulement il est le meilleur de la capitale (voire du pays), mais en plus, sa personnalité hors du commun, son franc parler et son goût pour la rhétorique en font un énergumène notoirement connu dans tout Paris, acclamé par les uns, détesté par les autres. Anticonformiste, libre-penseur et provocateur (il ne se cache pas de son irréligion à une époque où l'Inquisition avait un énorme pouvoir et où on était vite accusé d'hérésie, soumis à la "question" puis brûlé vif), profondément humain, détestant les injustices et luttant contre elles dès qu'il le peut, savant, bon vivant, un cœur d'or sous une carapace bourrue, cet homme est un personnage comme on en rencontre peu et comme on voudrait qu'il en existe d'avantage. Son intelligence vive et son ouverture d'esprit font de lui un être vraiment en avance sur son temps, que ce soit au niveau de la médecine, de la science ou de la morale. Il a conscience de vivre une époque d'ignorance et d'obscurantisme, ce qui prouve bien sa supériorité intellectuelle et en fait un personnage non seulement fascinant mais éminemment sympathique. Une certaine part d'ombre, une blessure secrète mais profonde, ajoutent une touche de fragilité qui complètent le tableau et le rendent touchant et humain, c'est-à-dire parfait, de mon point de vue.

Le roman repose donc principalement sur ses épaules, sans aucune difficulté ni signe d'essoufflement de la part de l'auteur. Pour autant, il n'est pas le seul protagoniste de cette histoire, loin de là ! 

Après Andreas, le deuxième plus important est Robin, son jeune apprenti, qu'il a recruté grâce à son sens de l'observation et son instinct, qui lui ont murmuré que cet adolescent maladroit et distrait, à l'air fragile, était fait pour étudier et apprendre son métier. Andreas ne le ménage pas, et pourtant celui-ci va lui vouer une adoration quasi filiale et une fidélité sans faille, le suivant dans toutes ses pérégrinations, même au péril de sa vie. Ce personnage, très différent de son maître, autant physiquement que moralement, est émouvant et attachant par sa jeunesse, son manque de confiance en lui, son innocence et sa confiance (j'irai jusqu'à dire sa foi !) aveugle en Andreas. Au fil des pages et des péripéties, il va cependant nous surprendre, nous montrant une force, une intelligence fine et une volonté insoupçonnées.

Parallèlement à l'aventure de Robin et Andreas, nous allons suivre une très jeune fille de Béziers, Aalis, qui après un drame, va fuir sa ville natale avec pour but la ville de Bayonne. Bien sûr, sa route va croiser celle de nos deux compères, et c'est à trois qu'ils continueront leur périple.

D'autres personnages hauts en couleurs évoluent également entre ces pages, certains sympathiques d'autres beaucoup moins, les uns inconnus et issus de l'imagination de l'auteur, les autres personnages historiques célèbres rendus à la vie par sa plume.

J'ai trouvé le procédé narratif de l'auteur très intéressant et plaisant, puisque l'histoire nous est contée par un narrateur omniscient, qui interpelle régulièrement le lecteur et lui fait part de son point de vue sur l'histoire. Il y a de nombreux passages de réflexions ou d'explications, aussi bien de la part des personnages que du narrateur, mais comme ceux-ci sont entrecoupés de scènes d'actions et de dialogues vifs et enlevés, le suspense et l'intérêt du lecteur sont maintenus de bout en bout de ces 600 pages. 

Et plus on arrive vers la fin, plus on a envie de savoir. On ne peut carrément plus lâcher le livre tellement on brûle d'avoir les réponses à tous ces mystères, à tous ces questionnements. C'est pourquoi je suis restée complètement scotchée, bouche bée, en lisant les dernières lignes. Car je n'ai tout simplement pas compris la chute. Je n'ai pas compris ce que l'auteur a voulu nous dire. Et dans un pareil moment, on ne sait plus si on doit trépigner, pleurer ou jeter le livre. C'est une telle frustration ! Avoir vécu tant d'émotions, tant de péripéties, avoir voyagé avec les personnages, tremblé pour eux, ri ou pleuré avec eux, m'être triturée les méninges comme eux, avoir cherché à lever le voile, à découvrir le fin mot de l'énigme... Tout cela pour me retrouver avec un énorme point d'interrogation à la fin ??? Et le pire, c'est de ne pas savoir si c'était volontaire de la part de l'auteur, s'il a voulu nous laisser dans le doute, créer un mystère encore plus grand, ou s'il y avait réellement quelque chose à comprendre mais que je n'ai pas su le décoder. Vous entrevoyez la terrible question sous-entendue : est-ce que je suis bête, finalement ? Heureusement pour moi, j'ai lu d'autres chroniques qui avouaient la même incertitude et le même étonnement que les miens. Cela m'a rassurée mais ne m'a pas évité de rester avec un petit arrière-goût de déception, alors que j'avais dévoré tout le reste avec délice. Cela n'enlève rien à la qualité de l'ensemble, mais c'est quand même dommage...


Conclusion : Un roman riche, érudit, foisonnant, passionnant, palpitant, au dépaysement garanti, aux rebondissements incessants, aux personnages charismatiques et inoubliables, mais dont la fin m'a laissée totalement abasourdie et perplexe, m'empêchant d'en faire un vrai coup de cœur.


Ma note : 18/20






Cette lecture rentre dans le cadre des challenges :



















5 commentaires:

  1. Oui, dommage pour la fin, mais au final le chemin était quand même suffisamment intéressant pour en faire une bonne lecture, du coup c'est cool ^^

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    1. Tout à fait. Tu résumes exactement ma pensée. ;-)

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  2. ça a l'air assez palpitant! Dommage que la fin n'ait pas été à la hauteur de tes espérances... Mais ne dit-on pas que le voyage est plus important que la destination? ;)

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    1. Oui c'est sûr. Mais quand tu attends une révélation pendant 600 pages et qu'au bout tu n'as rien, en tout cas rien d'evident, ça fait un peu râler. ;-)

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    2. C'est sûr que c'est frustrant ^^

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