lundi 19 juin 2017

La Patience du diable

Auteur : Maxime CHATTAM
Editeur : Pocket
Parution :10 novembre 2004
Nombre de pages : 572







Le Mal peut-il contaminer ceux qui le traquent ? Un go-fast pris en flag qui transporte bien pire que de la drogue… Deux ados qui tirent sur les passagers d’un TGV lancé à pleine vitesse… Des gens ordinaires découverts morts… de terreur. Le Diable mène le bal, le monde est devenu fou. Lieutenant à la Section de Recherche de Paris, Ludivine Vancker comprend bientôt qu’un fil sanglant relie ces faits divers. Rien ne pourra l’empêcher de remonter la piste à sa source. Aux racines de la peur. 
Après La Conjuration primitive, Maxime Chattam, dans ce thriller d’une maîtrise glaçante, sème plus que jamais le doute.













Ce que j'en ai pensé


Si on dit souvent que les seconds tomes sont souvent moins bons que les premiers, cela ne s'applique pas à ce roman. Moi, je l'ai trouvé encore meilleur que La Conjuration primitive, dont il est la suite (même si on peut le lire indépendamment). Mais pour être honnête, je pense qu'ils sont aussi bons l'un que l'autre, et que si je l'ai trouvé meilleur, c'est parce que celui-ci m'a d'avantage maintenue dans ma zone de confort que le premier.

En effet, bien qu'étant indéniablement un thriller, il comporte beaucoup moins de scènes gores ou insupportables au niveau tension nerveuse et se présente plus comme une enquête classique, dans le sens où, à quelques exceptions près, tout est vu du côté des flics. Et mes petits nerfs préfèrent largement cela. Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : il ne s'agit pas non plus d'une petite enquête bien pépère. Loin de là !  Le suspense, l'action et les rebondissements sont bien de la partie et se taillent même la part du lion. C'est juste que la nature des homicides et les scènes de crime qui en résultent sont beaucoup moins ignobles et éprouvantes pour le lecteur que dans le tome précédent.

Même s'il y a une montée progressive de la violence avec des gens qui semblent péter les plombs sans raison et commettent des meurtres de masse, on se sent bien moins impliqué, émotionnellement parlant, avec ce genre de crime que face à des corps atrocement mutilés ou découpés en morceaux avec précision et perversité. 

De plus, à côté de ce premier type de meurtres, l'auteur place les enquêteurs face à une autre série de crimes qui nous évite également d'être traumatisés par ses descriptions macabres. En effet, il n'y a en apparence aucune cause de décès pour toutes ces personnes, à part la peur, et les médecins légistes sont tout bonnement incapables d'expliquer comment les victimes sont mortes. Et le mystère s'épaissit à chaque nouvelle découverte de cadavres. Pas de quoi être choqué, pour le coup, devant des corps sans vie mais sans aucune blessure visible. On sait que ce sont des meurtres grâce à certains indices qui ne trompent pas, mais on ignore tout du mode opératoire.

Ce qui nous amène à l'autre raison pour laquelle j'ai beaucoup aimé ce roman, c'est que l'on flirte tout du long avec le fantastique. L'auteur nous met très rapidement le doute et nous mène par le bout du nez à sa guise, de sorte que jusqu'à la fin, on se demande si c'est réellement un homme qui est derrière tout ça - un homme particulièrement intelligent, retors et doué pour la manipulation des esprits fragiles, mais un homme quand même - ou si, peut-être, comme certains le prétendent et le croient sincèrement, ça ne pourrait pas être le diable qui pousse tous ces gens à la folie meurtrière... Et cette incertitude, distillée habilement par de petites touches inquiétantes et troublantes au fil des pages, est ce qui donne tout son sel à cette intrigue.

Côté personnages, on retrouve bien sûr Ludivine et Segnon, deux des trois enquêteurs de la SR, la Section de Recherches chargée de résoudre les crimes les plus abominables et compliqués. Ludivine est la protagoniste principale, et quasiment tout est raconté de son point de vue. Je n'ai pas trouvé que c'était un personnage hyper sympathique. Même en étant à l'intérieur de sa tête, en sachant tout ce qu'elle pense et ressent, je n'ai pas réussi à m'y attacher. Intelligente, intuitive, courageuse et douée dans son boulot, oui, mais pas chaleureuse ni drôle pour un sou. De plus, ses prises de risque, ses décisions soudaines et ses actions en solo m'ont plusieurs fois agacée car on se dit qu'elle cherche vraiment les ennuis. On sait qu'elle a souffert et qu'elle ne s'est pas remise de certaines blessures intimes, et qu'elle se réfugie à fond dans son travail pour ne pas avoir à faire face à ses démons intérieurs, mais du coup, elle est trop dure. Avec elle-même comme avec les autres. Il n'y a que Segnon qui arrive à la radoucir un peu et à lui faire baisser sa garde de temps en temps. 

D'ailleurs, Segnon est mon personnage préféré, dans ce tome. Rassurant, stable et objectif, il est aussi chaleureux et profondément humain. La présence de sa femme et de ses enfants lui permettant de se ressourcer, il est capable de prendre du recul pendant une enquête, à l'inverse de Ludivine. Il joue donc un peu le rôle de garde-fou pour elle, son refuge en cas de coup dur et son rempart contre la folie ou la dépression qui la guettent en permanence à trop s'investir dans ses enquêtes ou ressasser le passé. Même si c'est Ludivine qui a les meilleures intuitions et l'instinct le plus efficace, Segnon est un élément indispensable car il calme ses ardeurs et son impulsivité. Leur amitié est très forte et ils forment un tandem solide et parfaitement équilibré.

Ils sont aidés dans cette enquête compliquée aux ramifications multiples  par Guilhem, le troisième membre de leur équipe, celui qui préfère s'occuper de la paperasse plutôt qu'aller sur le terrain. Le côté ingrat et fastidieux des recherches, des saisies, croisements et analyses de données et autres joyeusetés administratives ne le dérangent absolument pas et il baigne dedans comme un poisson dans l'eau. En dépit de sa discrétion, il joue un rôle majeur au sein de l'équipe car c'est grâce à lui que ses collègues peuvent avoir une vision d'ensemble de l'affaire et procéder aux recoupements qui aboutiront à sa résolution.  

Et au sujet de l'affaire, justement, j'ai adoré sa complexité ! Plus on avançait, plus les choses empiraient. Les pistes partaient vraiment dans toutes les directions, s'emmêlaient, ou au contraire semblaient n'avoir aucun lien entre elles et pour faire face, les gendarmes étaient obligés de faire entrer de plus en plus de monde dans la cellule chargée de l'enquête, de faire appel à d'autres services, de former des équipes et de diviser les tâches pour en couvrir tous les aspects. 

Mais ce qui est vraiment génial, avec Chattam, c'est qu'autant les autorités, dans le livre, nagent en plein brouillard, autant le lecteur, lui, n'éprouve à aucun moment la sensation que l'auteur a perdu le fil, qu'il est confus, brouillon et ne sait pas où il va. Au contraire, on sent qu'il maîtrise son sujet à la perfection et que le sac de nœuds n'en est un qu'en apparence pour mieux nous balader et nous assommer avec ses révélations finales. 

Avec un tel virtuose de l'écriture, qui possède son art sur le bout des doigts et sait comment combler son lecteur, impossible de ne pas prendre son pied... 😊



Conclusion : Un excellent thriller, avec une enquête passionnante qui nous tient en haleine du début à la fin. Encore un très bon Chattam !


Ma note : 17,5/20




Cette lecture rentre dans le cadre des challenges :























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